La divine comédie de nos vies…

Les histoires d’A….. finissent mal… en général…

Quatre amis d’enfance, quatre amis pour la vie, des potes, des vrais, avec toute la virilité nécessaire à cacher un soudain trop plein de sensibilité… Un pour tous, et tous copains… Serment de gamins, mais qu’en reste-t-il vraiment à la quarantaine ?… Sacha, le chirurgien esthétique qui noie le manque de sens de sa vie entre seins et sexe, terrassé par sa peur de l’engagement ; David, le colosse à la jambe d’argile bardée de plaques et de vis, rugbyman raté, bloqué par sa passion pour le gazon ; Marc, le vilain petit canard, qui ne s’est jamais adapté à ce monde tellement éloigné du sien, empêché par cette colère sourde, cette noirceur qu’il tente vainement d’évacuer lors de ses nuits à la BAC ; Jérôme, le mec cool, parfait presque, toujours à l’écoute et dispos pour les potes, le mec parfait dans une petite vie parfaite, vétérinaire accompli, époux d’Olivia, célèbre sculptrice, père de trois charmants enfants, Constance, Nina et Lucien… 40 ans, dont presque 30 d’A….. Où sont-ils passés ces quatre gamins ? A quel moment se sont-ils perdus sur le chemin ? Quand ont-ils égarés leurs rêves et laisser fuir leurs rires, leur complicité ?… L’un d’entre eux disparaît soudain, et c’est 20 ans de mensonges et de non-dits qui remontent à la surface. Découvrir que l’on ne se connaît pas vraiment, découvrir derrière les carapaces un bruit de verre brisé, d’anciennes blessures sur lesquelles on a préféré fermer les yeux, mais qui n’ont pas disparu pour autant, des amours d’enfance qui sont devenus des amours torturés d’adulte, des trahisons, ou des regrets. Et que la vie qu’on supposait parfaite ne l’était peut être pas sous ces couches de vernis accumulées par les années. Qui était vraiment celui qui est parti ? Et quel tsunami a-t-il créé en partant ?…

Les histoires d’A….. finissent mal… en général…

C’est un touchant roman sur l’Amitié que nous livre Gavin’s Ruiz. Son écriture tantôt tendre tantôt piquante nous fait aimer d’emblée cette bande de potes. C’est leur regard de quarantenaires, regard bienveillant ou critique, sur les enfants et ados qu’ils ont été, qui les rend terriblement attachants. Et le lecteur se retrouve vite aux prises avec sa propre introspection : c’est quoi l’Amitié au fond ? Qu’est-ce qui fait la solidité de ces amitiés qui résistent au temps, aux épreuves et aux disputes ? Qu’est-ce qui fait que d’autres s’étiolent et disparaissent, laissant ou non des blessures ? Pourquoi ces liens qui se créent ? Pourquoi ces regards croisés et cette petite voix qui nous murmure : c’est elle, c’est lui, c’est une évidence… ? Et cette question qui nous taraude parfois : connaît-on vraiment nos amis ? Leur pardonnons-nous toujours leurs erreurs ou leurs défauts ? Leur laissons-nous vraiment la possibilité d’être eux mêmes ou sans le vouloir, les façonnons nous un peu à l’image de ce que nous aimerions qu’ils soient ?… La question est-elle : qui suis-je et quelle est ma place ?… alors que ce pourrait être simplement : je suis moi et je suis à ma place, parce que eux, parce que moi…

Les histoires d’A….. finissent mal… en général…

Et je n’ai pu m’empêcher de penser aux miens, aux miennes, l’amie d’enfance (bientôt 35 ans…), les amies de fac (mes inséparables), les ami.e.s d’aujourd’hui, celles et ceux qui ont croisé ma route il y a 10 ans, ou 5, ou 4 ou 2… Toutes et tous sont précieuses (clin d’oeil à celle qui s’est dit encore récemment « la pièce rapportée ») , pour des raisons différentes, mais c’est une certitude, toutes et tous sont précieuses, m’ont aidé à grandir (m’y aide encore), me tiennent la main quand j’ai peur, me serrent dans leurs bras quand je doute, ont toujours pile les mots qu’il faut, ont cette bienveillance et cette douceur que j’ai encore bien souvent pas suffisamment pour moi même, me mettent des coups de pied au cul aussi quand je le mérite et quand c’est nécessaire (et ça aussi c’est précieux), partagent avec moi tout ce qui fait la vie : les sourires, les rires, les blagues pourries, les recettes de cuisine, la transpiration d’un bon cours de sport (même en zoom), les achats compulsifs, nos passions communes ou différentes, nos regards sur le monde (parfois on est pas d’accord et même ça c’est pas grave), notre amour des bons repas et des bons vins, les livres (ceux qu’on a aimé, et d’autres un peu moins)… nos doutes et nos peurs… notre manque de confiance en nous… nos espoirs et nos rêves… nos fiertés d’aujourd’hui et nos blessures d’hier… Je crois que nous n’arrêtons jamais de grandir et de nous construire. Je crois que nous sommes des puzzles incomplets, et que toutes les amitiés que nous nouons au cours de notre vie, sont les pièces qui nous manquaient pour être entier, et surtout pour être nous mêmes.

Alors non… les histoires d’Amitié, ne finissent pas mal… en général…

La vie rêvée des chaussettes orphelines…

Alice et Scarlett. Alice et Oliver. Alice et Bruce. Alice et Jérémy. Alice et sa mère.

Alice entre New York, Londres et Paris. Une femme, la trentaine, américaine, perdue ou exilée par la force d’une drame, on ne sait pas trop. Asociale peut être, brisée sûrement. Par quoi ? Elle ne laissera personne le savoir, elle se l’est juré. D’ailleurs sa carapace est si épaisse, et si hérissée de piquants, que personne n’ose s’approcher. Alice, est froide, un peu névrosée, elle aligne les stylos quand ils ne sont pas strictement parallèles, enfile tous les matins son costume d’ex-spécialiste wall-streetienne de la finance (tailleur et queue de cheval ne laissant la place à aucune mèche rebelle), et dès qu’une angoisse s’annonce, triture nerveusement le curieux bracelet qu’elle porte toujours à son poignet. Alice est un mur, Alice est un mystère, Alice est peut être juste le fantôme de ce passé qu’elle s’efforce d’effacer avec tellement d’énergie… Mais tout cela, c’est sans compter ce poste qu’elle accepte par dépit dans cette nouvelle start-up avec ce patron déjanté qui rêve de réunir les chaussettes orphelines ; et ces personnages hauts en couleur qui font traverser sa route : Victoire, informaticienne un peu geek qui n’a aucun filtre et dit tout ce qu’elle pense, Reda, employé revendicatif et procédurier mais attentionné et à l’anglais si imparfait, Chris, le doux rêveur, lui aussi brisé, qui espère enfin avoir trouvé l’idée qui va l’aider à percer, Saranya, la pétillante et volubile indienne, cousine d’une amie d’une amie, qui l’entraînera bien malgré elle dans un tourbillon de couleurs et de saveurs lors de la célébration de Divali… La carapace d’Alice s’écaille, petit à petit, et comme les personnages qui gravitent autour d’elle, le lecteur commence à comprendre ce qui se cache peut être sous les multiples couches de protection… Alors, qui est vraiment Alice ?

J’ai beaucoup aimé l’écriture de Marie Vareille. J’ai aimé suivre l’Alice d’aujourd’hui aux prises avec son passé, et l’Alice d’hier qu’on découvre avec beaucoup de tendresse et d’humour en parcourant les pages de ce journal intime qu’elle écrit en s’adressant à Bruce Willis. Sous couvert de légèreté, Marie Vareille aborde des sujets sensibles comme les rapports mère-fille, la place de deux soeurs dans une famille, la difficulté d’avoir un enfant, les relations de couples, les liens forts d’amitié, la solitude, les cicatrices que l’on garde toutes et tous de nos passés, l’importance de se libérer de ce passé et de laisser les autres nous prendre la main pour nous aider à nous relever, le poids des regrets et de la culpabilité, l’importance de se pardonner, avant tout à soi même. C’est un beau roman, doux et amer à la fois, sur la famille du sang, et la famille que l’on se choisit en devenant adulte.

Merci Marie Vareille pour ce joli roman. Et merci de m’avoir donné envie de retrouver en moi, l’ado un peu rock, et de réécouter Oasis, Blur, les Red Hot, Nirvana ou Noir Dés…

Demain est une autre nuit…

Imaginez une brume. Non, plutôt un brouillard. Un brouillard très épais, très très épais. De celui qui vous empêche de voir l’autre autrement que comme une ombre, vague, menaçante même peut être. De celui qui fait remonter vos peurs les plus profondes, comme si les fantômes d’un passé qu’on croyait oublié venaient soudain se rappeler à nous. Brouillard de la morphine ? Ou brouillard des souvenirs ?… Deux frères, l’un prisonnier d’un lit d’hôpital, l’autre prisonnier d’une enfance qu’il avait volontairement enfoui dans la mer. Deux frères que 39 ans de silence séparent. Trente-neuf ans de non-dits, de rancunes, de manipulation de souvenirs communs. Parce que c’est là la principale question du roman : comment deux frères peuvent avoir des souvenirs si différents ? Quelle est la part de réalité et la part construite de chacune de ces parcelles de notre passé ? Lequel des deux a raison ? Mais avoir raison, est-ce vraiment cela l’important ?…

Ce roman aurait pu être intéressant sur les thématiques abordées : la construction des souvenirs, la fratrie et la place de chacun des frères dans la famille, cette famille fantasque qui ne l’était peut être que dans l’inconscient d’enfants pour oublier les blessures et les douleurs… Mais l’auteur m’a perdue. Dès le début ou presque. Une écriture brouillonne, bâchée, peut-être volontairement complètement déconstruite parfois, comme l’avalanche de souvenirs sans ordre. Sauf que le lecteur n’est ni sous morphine, ni embué par l’alcool, et que le fil est parfois bien trop coupé brusquement pour autoriser un quelconque suivi de l’histoire. Je n’ai pas aimé l’écriture, je ne peux dire que j’ai été déçue, je ne m’attendais à rien de particulier. Je suis passée à côté peut être, à moins que ce ne soit l’auteur lui même, noyé dans les vagues de ses propres souvenirs…

La dixième muse…

S’enfoncer dans la forêt. Poser délicatement sa main sur l’écorce d’un chêne. Sentir battre son cœur un peu plus fort, à moins que ce ne soit le battement de la sève au cœur de l’arbre. Fermer les yeux. Sentir la puissance du lien, la force de la Nature, la capacité d’adaptation de cet arbre, sentir comme en écho la vacuité de l’existence humaine. Ouvrir les yeux. Inspirer, expirer. Retrouver ses racines. Et soudain, entendre un murmure, un peu plus que juste le bruissement des feuilles dans le vent. Une présence ?…

Ouvrir les premières pages d’un roman ou d’un recueil de poésie. Palper le pouls d’une autre existence, comme si c’était la sienne, se sentir saisi par la force des mots. Poser ses doigts sur le papier, tourner les pages avec appréhension ou impatience, vouloir savoir, vouloir être, se sentir vivant ou à bout de souffle. Les mots, ceux qui sont écrits, comme un écho à ceux qui sont tus, à ceux qui sont enfermés à l’intérieur. Retrouver un ami, se retrouver soi-même. Et soudain, comme un miroir, la réalité percute la fiction. Notre réalité ?…

Les pavés froids du cimetière du Père Lachaise. Le silence. Auquel ne répond que la pierre glaciale des pierres tombales. Errer avec les fantômes des absents. Une mère que l’on a pas connue. Un père froid et distant qui vient de retourner à la terre. Un amour. Louise. Lou. Et au détour d’une allée, relever la tête et laisser son regard se poser sur une inscription : Guillaume Apollinaire de Kostrowitzky. Sombrer dans un songe, oublier sa propre existence, faire de ses mots les siens, chercher sa muse… les 9… et pourquoi pas une dixième ?…

C’est en substance ce que raconte ce roman d’Alexandra Koszelyk au travers du personnage de Florent. Jeune prof agrégé en congé formation, qui erre depuis la mort de son père. Sa quête d’un nouveau sens à son existence va prendre la forme d’une obsession toute nouvelle pour Apollinaire jusqu’à ne plus savoir démêler leurs deux existences. L’écriture poétique et parfois lyrique de l’autrice nous transporte entre le Paris d’aujourd’hui, et celui du début du siècle. L’alternance des chapitres nous fait côtoyer le cercle d’Apollinaire : Picasso, Cendrars… mais met surtout en lumière la place importante des femmes, des muses : Marie Laurencin, Madeleine Pagès, Lou, Ruby, Annie Playden… et cela fait comme un écho à l’absence de la mère de Florent, restée pour lui comme une image cachée au fond d’un grenier, une inconnue dont il ne fallait absolument pas parler. J’ai aimé découvrir la vie d’Apollinaire que je connais peu, et relire des extraits de ses poèmes, c’est comme une plongée dans l’histoire, dans son histoire, et le fait de la faire raconter par différents personnages qui l’ont cotôyé donne du volume au récit. J’ai adoré le lien à la nature, la puissance des arbres, le presque personnage central de ce morceau de bois presque vivant et de ses cernes, comme une trace des blessures de l’existence, et de tout ce qui nous relie : le coeur battant de la Nature, le pouvoir des mots, le poids de l’absence. Même si nos racines sont incomplètes, ou fragiles, même si nos blessures semblent indicibles et incurables, rien ne nous empêche d’étendre nos branches et d’en faire pousser de nouvelles…Nos absents sont toujours avec nous, et restent des étoiles qui nous guident sur le chemin.

Petit bémol cependant : j’ai trouvé la dernière partie, le récit de Gaïa, un peu long, et trop éloigné du récit central. J’aurais préféré poursuivre un peu plus la route aux côtés de Florent et de Gui.

Le Mal-épris…

Le premier roman de Bénédicte Soymier se lit dans un souffle, comme une urgence. Et le lecteur se trouve vite prisonnier des mots qui sont comme des uppercuts, les mots sont lâchés, comme dans une course infernale, avec en écho un essouflement, et le bruit de ce coeur qui se met à battre plus vite sans que l’on puisse rien contrôler. Trop tard pour faire demi-tour, trop tard pour refermer la page, notre esprit est dans un étau, notre coeur se presse, s’empresse, notre souffle est coupé comme si retenir sa respiration était le moyen de stopper la montée de la violence… Notre main voudrait arrêter celle de Paul, notre corps voudrait protéger celui d’Angélique, faire corps, faire barrière… Protéger la victime, et frapper le bourreau… Le camps semble si vite choisi…

Et c’est là où l’écriture de Bénédicte Soymier est puissante et bouleversante. C’est qu’elle conte la vie d’un homme, d’un monsieur tout-le-monde malheureux, un homme simple, transparent et triste, notre voisin de palier ou notre collègue de bureau. Paul n’est effectivement pas un monstre. C’est un homme, aux prises avec un passé douloureux, et avec un présent de souffrance. Souffrance de cette image renvoyée par le miroir, de cette image renvoyée par la société, et surtout de cette image renvoyée par les femmes. Paul, homme prisonnier de ses propres manquements et des ses propres désirs, sombrant dans la spirale de la violence et de la domination. La montée lente de la haine, haine des femmes, haine de lui même. Et là où la révolte du lecteur gronde, c’est que cet homme abject se victimise, comme tant d’autres l’ont fait avant lui. Rien n’est de sa faute. Ce sont elles, elles les femmes, les perverses, les manipulatrices, les aguicheuses, les menteuses. C’est elle, Mylène, qui s’est juste servi de lui pour combler un instant de solitude, et qui le jette si facilement après avoir abuser de sa gentillesse et de son empathie. C’est elle, Angélique, trop pulpeuse, trop gironde, trop maquillée, habillée trop court, c’est sa faute à elle si les autres hommes la reluquent avec ce regard graveleux, la bave aux lèvres. Elle fait exprès, la salope, pour le rendre jaloux, elle le trompe d’ailleurs sûrement. Alors c’est son rôle d’homme à lui, de la remettre dans le droit chemin, fusse avec les poings. Elle est à LUI. Parce qu’au fond, rien n’est une histoire d’amour, tout est histoire de domination.

Merci et bravo, Bénédicte Soymier, pour ce premier roman très réussi. Merci pour vos mots, merci de redonner la place à la vraie victime, et de montrer combien il est si difficile de partir, et si compliqué de rester. Merci de dire si bien le silence, la honte, le besoin de pardonner, l’espoir de jours meilleurs. Merci de dire si bien l’alternance de violence et de douceur, de haine et de tendresse, de rêve et de désespoir. Merci de remettre le bourreau à sa place, et c’est pas parce que l’on peut expliquer la spirale de la violence, que l’on excuse ou que l’on pardonne. Merci de dire si bien la difficulté de la reconstruction de la victime, de la persistance de la culpabilité et du dégoût de soi même, et la volonté et la force de ces femmes qui se remettent ou se maintiennent debout. Merci pour elles. Merci pour nous.

La part du Sarrasin…

J’avais adoré Ma Part de Gaulois, premier roman autobiographique de Magyd Cherfi, contant son enfance dans la Cité à Toulouse, ses difficultés, ses espoirs, et la lecture comme une bouée un peu trouée, à la fois seul moyen d’espérer un ailleurs, et handicap entraînant son propre rejet par les « siens ».

Dans ce deuxième opus, Magyd Cherfi reprend la plume pour partager ses errances de la fin de l’adolescence et du début de sa vie d’adulte. Dans une France des années 80 aux prises avec la montée du FN, il décrit avec beaucoup d’autocritique ses propres questionnements et ses profondes contradictions : se réclamant à tout prix Français et refusant d’être assimilé aux autres Reubeu de la Cité, cette communauté d’arriérés aux valeurs rétrogrades et profondément ancrée dans des valeurs patriarcales qu’il dénonce avec force, cette communauté qu’il a fui et dont il a même parfois honte… mais refusant tout à la fois aussi d’être assimilé aux autres Français, à ces blancs, souvent de gauche ou d’ultra-gauche, qu’il soupçonne de vouloir leur voler leur combat, à eux, les colorés des Cités, combattants blancs qui ne se retrouveraient à leur côté dans la Marche que pour se racheter une bonne conscience. Et ce combat intérieur qui le secoue, à grands coups de : qui suis-je ? quelles sont mes valeurs ? pour qui je me bat ? suis-je vraiment sincère avec moi même ?… est représenté par tous ces potes qui se déchirent, qui le déçoivent, qui le trahissent : les 4 musiciens de son groupe, pleutres qui fuient lorsqu’il faut s’engager, Samir et Momo, ses potes d’enfance qui se réclame d’une même révolte mais ne se comprennent pas dans la façon de la mener, Pierrick, blanc fils de bonne famille, qui vient donner des cours de maths aux gosses de la Cité, le fait-il vraiment pour des raisons désintéressées ?…

J’ai aimé ce roman car j’y ai retrouvé la plume et la gouaille de Magyd Cherfi. Mais aussi parce que je l’ai trouvé honnête et sincère. Tout au long du récit, ce qui prédomine au fond, c’est l’égo de l’homme, l’égo du mâle, l’égo de l’intello qui se croit trop souvent au dessus des autres, l’égo de l’arabe qui critique ses potes blancs, l’égo de l’arabe qui méprise ses potes de cité qui sont trop ou pas assez colorés, ceux qui s’intègre trop, et ceux qui ne s’intègrent pas assez. Magyd Cherfi n’est au fond pas tendre avec ce lui-même qui se cherche, qui ne sait pas quelle est sa place ou si même il en a une, et qui peut être grandi enfin le jour où il comprend qu’il faut qu’il arrête de se croire meilleur ou au dessus des autres. Cet égo qui prend toute la place, et qui pourtant se fissure dès que les émotions ou les sentiments font surface. La fragilité de l’homme transparaît alors, ainsi que son manque d’assurance, ses peurs, et son goût pour la fuite. Une sorte de Courage, fuyons, réfugions nous derrière les mots, ou derrière les autres, c’est toujours plus facile de se cacher, plutôt que de révéler qui nous sommes vraiment.

Jolie fresque des années 1980, d’une société qui se cherche, d’hommes qui se combattent au lieu de s’écouter, d’apprendre à se connaître et à s’aimer, d’une haine qui germe de la peur, de la peur de l’autre, surtout s’il est différent, d’une haine qui fleurit d’autant mieux que le terreau est dans le cœur de chacun d’entre nous et que nous choisissons bien trop souvent de l’entretenir.

Betty…

C’est l’histoire d’une petite fille Cherokee dans l’Ohio des années 50-70… On commence ce livre en étant transportée dans le temps, sans deviner ou pressentir que le voyage sera profondément bouleversant. Betty est la fille de Landon Carpenter, Cherokee à la peau brune, de multiples fois renvoyé de son travail à cause du racisme ambiant, devenu fossoyeur, retournant une terre aussi sombre que lui. Betty est la fille d’Alka Lark, jeune fille perdue, beauté fragile déjà fanée, transparente telle le fantôme d’elle même, échouée dans un cimetière. Une rencontre improbable et interdite dont naîtront 8 enfants : Leland, Fraya, Yarrow, Waconda, Flossie, Betty, Trustin, Lint… Petite famille échouée dans une maison hantée, dans la petite ville de Breathed dont la communauté ne veut pas… Famille si singulière et si attachante dont la vie sera semée de malédictions…

Betty, c’est une bulle poétique qui explose face à la violence des mots et de l’existence. La poésie des mots, le goût de raconter des histoires, la tendresse qui s’y glisse, côtoient la noirceur de vies gâchées avant même d’avoir commencées.

Betty, c’est le retour aux sources, le rappel de notre lien à la Nature et de cette connexion profonde à la Terre dont nous avons oublié qu’il était un besoin essentiel. Un père un peu sorcier qui l’initiera aux bienfaits des plantes, qui lui apprendra à être à l’écoute du monde et d’elle même. Un père conteur d’histoires, parce que parfois une beau mensonge ou un doux rêve, est moins rude que la vérité nue.

Betty, c’est la perte de l’enfance et de l’innocence, une petite fille obligée de grandir trop vite, heurtée de plein fouet par le racisme, le sexisme, et le rejet. Trop noire, trop femme, trop indépendante… Une mère froide dont la violence explose parfois, une mère qui ne veut au fond que la préparer à ce qu’est une vie de femme. Sans illusions, sans bienveillance, sans espoir de jours meilleurs…

Betty, c’est la cruauté des autres enfants, c’est la difficulté de survivre lorsque l’on n’est pas « populaire », c’est comprendre très rapidement que c’est uniquement parce qu’on a ni la bonne couleur de peau, ni le bon sexe, qu’on est contrainte, restreinte, moquée, punie, violentée, exclue, maudite…

Betty, c’est l’hypersensibilité et le refuge de l’écriture, cocon fait de mots manuscrits griffonnés sur des papiers au Bout du Monde, c’est l’imagination au secours du rêve, seul rempart contre le désespoir et l’abandon… Peut-on se protéger de la violence et de la noirceur des secrets de famille en les enfermant dans des bocaux et en les enterrant profondément ?… Betty y croit, si on ferme les yeux très forts, et qu’on enferme les secrets, les blessures cesseront enfin de se rouvrir et de laisser s’échapper la douleur…

Ce roman est d’une beauté fulgurante et d’une violence inouïe. J’en suis ressortie meurtrie, dans mon cœur et mon corps de femme. Un texte à la fois féministe et initiatique, porté par des personnages forts et attachants de part leurs différences, leurs espoirs et leurs traumatismes. Une roman d’une humanité bouleversante, qui laisse la rage au cœur.

Merci Betty pour cette leçon de vie.

Et merci à Tiffany McDaniel d’avoir su si bien partager l’histoire de cette famille extraordinaire qui a été la sienne.

Chère mamie… au pays du confinement !

Quel bonheur de retrouver l’écriture tendre et pleine d’humour de Virginie Grimaldi !

J’ai parcouru ce livre le sourire aux lèvres, des éclats de rire ont fusé parfois, et je suis dit à maintes reprises « mais c’est tellement ça ! ». Merci, Virginie, d’avoir parsemé ce 1er confinement 2020, alors que nous nagions dans un bain d’inconnu et d’angoisse, de petites bulles de bonheur, avec toute la douceur et la pétillance (je ne sais pas si ça se dit !), qui te caractérise ! Merci, de nous laisser une trace positive de cette période un peu sombre, et merci aussi de remettre encore une fois l’humanité au centre.

A noter : Tous les bénéfices de la vente de ce livre sont reversés à la fondation des hôpitaux de France. Merci pour cela aussi.

Les quatre accords toltèques

Peut-on atteindre la sagesse en lisant ?… en tout cas, cela peut nous mettre sur le chemin… Et c’est peut être cela le plus important au fond. Car, si on suit les préceptes ou les mantras d’un grand sage comme fut Lao Tseu : « Il n’y a point de chemin vers le bonheur. Le bonheur, c’est le chemin. »

Ces accords toltèques, j’en entendais beaucoup parlé. Cependant, j’ai mis du temps à les ouvrir, par peur, peut être, de trouver cela trop inaccessible pour moi, ou trop « perché ». J’ai compris, au cours de ma lecture, que… je n’avais rien compris, que j’avais même tout faux. La sagesse est accessible à toutes et tous, le bonheur est accessible à toutes et tous… Et peut être que le chemin n’est pas si tortueux que cela et qu’il nous faut juste rompre certains accords dans lesquels nous avons été domestiqués, et nouer de nouveaux accords avec nous mêmes. Et surtout se laisser le droit à l’erreur, le droit de baisser les bras, le droit d’avancer à notre rythme… Le droit d’être nous mêmes et de nous aimer.

Même si je ne suis pas en accord avec tout ce qui est écrit dans ce livre, en particulier tout ce qui concerne Dieu et notre lien à ce Dieu s’il existe, je vais en faire un outil précieux, quotidien, pour gagner en sérénité et en bienveillance, avant tout avec moi même.

Accord n°1 : Ma parole sera impeccable.

« Si je m’aime, j’exprimerai cet amour dans mes interactions avec vous et ma parole sera impeccable, car cette manière d’agir produira une réaction similaire. Si je vous aime, vous m’aimerez. Si je vous insulte, vous m’insulterez. Si j’ai de la gratitude envers vous, vous en aurez envers moi. Si je suis égoïste avec vous, vous le serez avec moi. Si j’utilise ma parole pour vous jeter un sort, vous m’en jetterez aussi un. »

Accord n°2 : Quoiqu’il arrive, je n’en ferai pas une affaire personnelle.

« Non, je ne prends rien de ce qui m’est dit ou de ce qui m’arrive de façon personnelle. Ce que vous pensez, ce que vous ressentez, c’est votre problème, pas le mien. C’est votre façon de voir le monde. Cela ne me touche pas personnellement, parce que vous n’êtes confrontés qu’à vous même, pas à moi. »

Accord n°3 : Je ne ferai pas de suppositions.

« Nous avons tendance à faire des suppositions sur tout. Le problème est que nous croyons ensuite qu’elles sont la vérité. Nous faisons des suppositions sur ce que les autres font ou pensent, fort de quoi nous en faisons une affaire personnelle, puis nous leur en voulons, et nous leur communiquons du poison émotionnel par nos propos. Cela encombre l’esprit humain, et provoque beaucoup de chaos, et nous conduit à tout comprendre et interpréter de travers. »

Accord n°4 (mon préféré) : Je ferai de mon mieux.

« Dans votre quête de liberté personnelle et d’amour de soi, si vous agissez au mieux, vous découvrirez que ce n’est qu’une question de temps avant de trouver ce que vous cherchez. Il ne s’agit pas de rêvassez ou de rester assis en méditation durant des heures. Il faut vous lever et assumer votre humanité. Respectez votre corps, appréciez-le, aimez-le, nourrissez-le, lavez-le et soignez-le. Faites de l’exercice et adonnez-vous à des activités qui font du bien à votre corps. »

Le chemin est long. Mais si on se pose un instant, il est beau non ?

Tu ne viendras peut être jamais…

Les mots de Delphine Apiou pourraient être les miens. C’est pour cela peut être que j’ai tant voulu lire ce livre, et peut être aussi pourquoi cette lecture me faisait si peur. Voir le reflet de mes regrets, de mes douleurs, de mes peurs dans le miroir qu’elle me tendait, allais-je être assez forte ? Etait-ce le bon moment ?…

J’ai ouvert la première page, et je n’ai plus réussi à le refermer jusqu’à la dernière ligne. Soulagée de voir que je n’étais plus seule avec mes ressentis, effrayée un peu de me reconnaître si bien dans ses mots, comme si elle les avait puisé dans ma tête et dans mon coeur. Je l’ai lu le coeur au bord des yeux, quelques larmes (salvatrices ?) ont coulé. Et finalement, je l’ai refermée, grandie, comme si j’avais fait un pas de plus dans le deuil de cet enfant qui ne viendra peut être jamais… Parce que oui, la vie peut être aussi belle sans elle ou lui…

Il y a les mots de Delphine Apiou. Et il y a les miens…

 » Je t’attends et pourtant j’ai peur… je suis même carrément tétanisée… mille et une questions trottent dans ma petite caboche de maman… est ce que je vais y arriver… est ce que je vais être à la hauteur… est ce que ce n’est pas que pure folie, parce que quand tu seras vraiment là, je vais gérer comment moi ?… toute seule, la nuit, le jour, dans le calme, dans les pleurs, dans les cris, l’épuisement, la fatigue, la douleur peut être… Et puis je me raisonne, je serais une maman comme une autre, je serais un parent comme un autre, je ferais de mon mieux, et je gérerais, parce que j’en suis capable, en tout cas pas moins capable que d’autres… Alors je décide de me laisser porter, juste portée par le bonheur de cet instant d’espoir… les questions et les réponses viendront bien assez tôt… j’apprendrai, tu m’apprendras, nous nous apprivoiserons l’une, l’autre… Alors voilà, je ne peux pas te promettre d’être parfaite, je ne peux pas te promettre d’avoir une réponse à toutes tes questions, je ne peux pas te promettre de pouvoir toujours te protéger contre la violence du monde, et le jugement des autres… Je ne peux pas t’offrir grand-chose à part moi. Moi, mes qualités et mes défauts, mes espoirs et mes doutes, mes fous rires et mes larmes, moi, juste moi, maman déjà si imparfaite, mais qui t’aime déjà d’un amour si grand… Et rien que d’imaginer ta petite main dans la mienne, je suis rassurée, et je me dis que notre chemin ne pourra être que beau… »