Notes sur le chagrin…

Les mots… quels mots mettre sur le silence… quels mots mettre sur la distance… quels mots mettre sur le deuil… surtout lorsque c’est celui de son père, qu’il est à plusieurs milliers de kilomètres, et qu’une pandémie empêche la traversée des frontières… C’est ces (ses) mots que Chimamanda Ngozi Adichie jette sur le papier, comme si elle jetait une bouteille à la mer pour faire revenir ce père décédé subitement en juin 2020. Elle y raconte successivement, l’incompréhension, le déni, cette impossibilité de parler de son père au passé, ce refus même d’en parler, car si les mots sont prononcés, si les mots sont écrits, cela voudra dire que c’est réel. Et puis il y a les autres, et leurs phrases toutes faites, celles là qu’elle a prononcé lors de deuils, et qui aujourd’hui, à elle l’écrivaine, lui semblent vides de sens, agaçantes et futiles. Tout cela paraît si vain : comment réconforter quelqu’un alors même que le deuil est encore une illusion lointaine ? comment faire que des condoléances soient réellement sincères, alors même que la douleur est une émotion si intime ?

Il reste les souvenirs, ceux d’un père brillant et aimant. Des souvenirs qui eux sont palpables puisque partagés avec la fratrie. Il reste ce rire qui ne résonnera plus jamais de la même façon. Il reste sa petite fille de 4 ans qui ne veut pas voir les larmes dans les yeux de sa maman, et qui ne comprend ni les cris ni l’effondrement… Il reviendra quand grand-père ?… Si le chagrin est si douloureux, il reste alors la colère contre tout : le gouvernement nigérian incapable de rouvrir les frontières, ces gens qui ne sont même pas des proches et qui osent défiler dans la maison familiale et laisser des mots dans un livret ridicule, ce milliardaire voleur de terres, les traditions patriarcales qui envahissent tout même dans la mort…

Il est puissant et douloureux ce recueil de Chimamanda Ngozi Adichie. Comme le deuil d’un parent. Comme la page qui refuse de se tourner. L’adulte, cela devient nous, à la fois orphelin, et détenteur des racines d’un passé commun qui n’est plus.

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