La claque…

Le bruit… la trace des doigts sur la joue, l’égratignure faite par la bague au coin de l’oeil… la perplexité, l’incompréhension, les mots qui manquent… Cette main, c’est celle de Marylène, cette joue, c’est celle de Jean-Mi… Une première claque, pour une histoire de pull rétréci au lavage. Puis une deuxième, pour être rentré trop tard. S’en suivront les coups de pied, les poings qui s’abattent sur le visage et sur les côtes, la poêle… Et puis les mots, durs, toujours plein de reproche et de suspicion, les regards méprisants et accusateurs, les portes qui claquent, la manipulation qui s’insinue, comme un serpent sournois, ces coups reçus c’est pas sa faute, c’est la mienne, forcément… et puis elle est surmenée, elle est fatiguée, elle subit beaucoup de pression… Et puis comment ne pas continuer à l’aimer, elle est si tendre et si douce juste après ses crises de furie violente… Elle vient se blottir contre lui, lui caresse la joue, et ce regard qui semble dire « pardonne moi, je ne sais pas ce qui m’a pris, promis, je ne recommencerai plus »… Alors Jean Mi pardonne, oublie, se persuade que c’est juste un dérapage… et puis il faut tenir bon pour l’enfant tant aimé, pour Antonin… jusqu’à la prochaine trace rouge des doigts sur la joue… jusqu’à la prochaine arcade sourcilière brisée… Et puis, ce qui hante Jean-Mi, ce n’est pas la peur, c’est la honte. Cette honte qui s’installe, qui prend toute la place, et qui empêche la vérité de franchir le seuil de ses lèvres. Un homme battu ?… non ce n’est pas possible, personne ne le croira de toute manière, et il sera la risée des potes du rugby… lui le gros dur, l’homme, ne pas réussir à avoir le dessus sur cette femme qui fait 40 kg de moins de lui ?… ce n’est juste pas envisageable dans cette société patriarcale qui a fait des femmes les battues, les vaincues, les maltraitées, les violées, les torturées, les lapidées… le sexe faible…

J’ai commencé ce nouveau roman de Nicolas Robin avec beaucoup de doutes et d’appréhension. Dans un contexte aussi actuel que les violences conjugales et les féminicides, pourquoi encore replacer l’homme au centre et en faire une victime ?… L’écriture subtile et analytique de l’auteur, lui permet d’éviter de tomber dans cet écueil. Au contraire, il nous conte l’histoire de Jean-Mi, comme s’il nous tendait un miroir pour mieux refléter toutes les violences faites aux femmes. Par la manière de mener le récit et de décrire la spirale de la violence au sein de ce couple, il met en lumière toutes les petites choses, les gestes et les mots, qui constitue l’engrenage des violences conjugales, et c’est comme si tout ce qui est souvent considéré comme « pas grave, exagéré, anodin » dans les cas de violences faites aux femmes, devient intolérable parce que cette fois c’est l’homme la victime. Et tout y est : la colère, la violence verbale, les coups portés, puis le retour de la douceur et de la tendresse, le sexe qui devient lieu de pouvoir et de domination, le pardon, la peur, l’anticipation permanente de la façon dont va réagir l’autre, l’esquive, la fuite, l’espoir que ce ne soit qu’une erreur d’une fois, la perversité, la manipulation, les deux visages (celui au sein du couple, et celui vis à vis des autres), la honte, les mots qu’on ne peut pas prononcer, les mensonges, l’angoisse pour l’enfant, l’angoisse de perdre cet enfant que l’on aime… Donc, un grand bravo à Nicolas Robin, car c’est un sujet difficile à aborder, et il le fait avec brio, sans tomber dans l’anti-féminisme.

Un petit coup de coeur pour le personnage de Soeur Solange que j’ai adoré. Imaginez vous avec un petit ange sur l’épaule, qui est toujours là quand vous avez besoin, qui a de l’humour et de la tendresse à revendre, qui vous console ou vous pousse quand vous avez juste besoin d’un peu de confiance… ce petit ange, c’est elle, Soeur Solange… et nous en aurions toutes et tous besoin d’une dans notre vie !!!

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