Celle qu’il attendait…

La poésie et le merveilleux se côtoient, se croisent, s’entremêlent dans le dernier roman de Baptiste Beaulieu. Il nous donne l’impression de nous prendre par la main, un peu comme Peter Pan, et de nous murmurer à l’oreille : tu as le droit de rêver, alors fais le ! Brise ton carcan d’adulte, libère tes ailes d’enfant, et lâche prise, ouvre grand les yeux, et regarde la beauté du monde ! On commence ce roman avec une âme d’adulte, on le finit avec un coeur d’enfant rempli de rêves… et rien que pour cela, j’ai envie de dire : merci infiniment Baptiste !

C’est l’histoire d’Eugénie D., corps emprisonné dans ses kilos en trop, mais surtout par le regard des autres, mais dont l’âme est légère, volète comme un papillon, imagine, rêve, crée… Eugénie D. sort peu de chez elle, car elle sait la méchanceté du monde et combien il n’est pas fait pour les gens comme elle (n’est-elle pas d’ailleurs allergique aux restaurants ?), elle qui rêve juste à un peu de bienveillance et d’amour. Le monde ne veut pas d’elle ? Alors elle invente son monde, un monde farfelu et fantasque, rempli d’inventions qui pour le quidam ne servent à rien, mais qui sont si indispensables à celles et ceux qui savent encore la beauté du monde. Elle répare les ailes brisées des papillons, à défaut de savoir réparer les siennes, arrachées par les hommes…

Et c’est aussi l’histoire de Joséphin, corps aux épaules en guidon de vélo, maigre et brisé par un passé dont il ne veut rien dire. Si Eugénie a perdu quelques mots, Joséphin les a tous égarés, c’est un taiseux, qui enferme les mots dans la céramique. Ses lèvres sont devenues muettes, alors Joséphin parle avec ses mains, il façonne le grès, l’argile, la porcelaine, ses doigts sur la terre sur son tour de potier, c’est comme le stylet d’un tourne disque. Il caresse la terre, ses mots se font sillons, et en sort une musique tantôt gaie, tantôt mélancolique…

Un soir, sur un quai de gare, les chemins d’Eugénie D. et de Joséphin se croisent… et l’histoire peut (re)commencer…

Ce roman de Baptiste Beaulieu, c’est la rencontre de deux solitudes, de deux êtres que la vie a brisé. Et elle est belle cette histoire car ces deux êtres s’apprivoisent doucement, de peur de perdre un bonheur qu’ils entraperçoivent, qu’ils n’ont pas encore, mais qu’ils ont déjà peur de perdre… car c’est cela aussi être rejeté et méprisé par les autres, être chahuté par la vie, c’est finir par intégrer qu’on a pas le droit au bonheur. Certaines blessures sont indicibles, invisibles pour les autres, mais sont des chaînes qui nous entravent, nous empêchent, nous éloignent d’un monde qui fait trop mal. C’est pour cela que ce roman est doux, c’est pour cela que ce roman est beau, parce qu’il est comme des bras qui nous câlinent tendrement et nous remplissent d’espoir : oui je suis belle, oui tu es beau, oui, nous avons droit au bonheur, oui nous pouvons façonner nos espoirs et nos rêves, comme le fait Joséphin avec la terre sur son tour, oui nos corps, nos vies, nos espoirs sont valables au même titre que ceux des autres, oui les mots perdus peuvent revenir et aider le regard, celui qui regarde vraiment, à dire : je t »aime. Oui la vie peut être belle. Et nos ailes, à nous d’y croire et de les réparer lorsqu’elles sont brisées.

Alors merci, Baptiste, pour ce roman où ton humanité transparaît encore plus que dans les précédents. Merci de nous (ré)apprendre à voir le merveilleux dans toutes les petites choses de la vie. Merci de poser ton regard bienveillant sur le monde et d’y voir la poésie qu’il recelle.

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