Dahlia…

Le mensonge… Où commence-t-il ? Où finit-il ?… Pourquoi mentir ?… ces mensonges dont nous sommes toutes et tous à un moment donné victimes ou coupables… ils nous hantent, ils nous rongent, ils nous poursuivent… Alors, la vie ne serait-elle donc que cela, une suite ininterrompue de mensonges ?… nous, ne serions que cela ? une construction bâtie sur les mensonges de celles et ceux qui nous ont précédé, ce passé qui pèse si lourd, et nous nous contentons de rajouter les nôtres, nos propres mensonges sur la pile déjà si épaisse des générations antérieures ?…

Delphine Bertholon, dans Dahlia, explore cette spirale du mensonge dans laquelle nous nous sommes toutes et tous laissé.e.s absorbé.e.s à un moment de notre vie. Et elle place cette spirale à l’adolescence, période déjà si floue, âge auquel on rêve toujours d’une autre vie, et d’être un ou une autre. Les héroïnes sont Lettie et Dahlia. Lettie vit dans un camping, dans un mobile-home modeste avec sa mère Annie, infirmière. Mère enfant à 17 ans. Pas de père. S’il a existé, on en parle pas, c’est un tabou. Il s’appelait Pierre, Lettie n’en saura jamais plus. Lettie n’a pas grand chose, mais Lettie est libre, elle grandit comme une herbe folle que sa mère laisse d’épanouir à sa guise. Lettie rêve d’une autre vie, loin du camping, alors elle traîne avec les pestes du collège, gosses de riche superficielles et moqueuses, aguicheuses avec les garçons, méchantes parfois, surtout avec la si étrange Dahlia. Lettie les apprécie sans plus, mais avec elles, elle a l’impression d’être quelqu’un, alros… Dahlia elle, ne parle jamais à personne. Fleur sauvage qui peine à s’épanouir dans une maison vétuste, entre une mère italienne volubile, un père chauffeur routier absent, et ses deux frères jumeaux qui braillent, crient, jouent, prennent toute la place. D’ailleurs, Dahlia a l’impression de ne plus exister depuis leur naissance, son père l’aime moins, elle regrette le temps où elle ne l’avait que pour elle, et puis Dahlia rêve de partir de cette maison si bruyante, comme Lettie, Dahlia rêve d’être une autre et rêve d’une autre vie. Dahlia n’est pas populaire, Dahlia estime qu’elle n’est pas intéressante, elle déteste les amies de Lettie et a peur de perdre sa seule amie. Alors un jour où elles sont seules toutes les deux, Dahlia confie à Lettie un terrible secret. La spirale est lancée, rien ne l’arrêtera, et toutes les vies, celle de Dahlia, celle de Lettie, et celles de tous ceux qui les entourent ne seront plus jamais les mêmes…

Quel bonheur de retrouver la plume de Delphine Bertholon ! Dans, ce roman, avec toute l’humanité qui la caractérise, elle nous tend (in)volontairement un miroir, parce que vous ne pourrez que vous reconnaître dans l’un ou l’autre des personnages, voire dans chacun d’entre eux un petit peu. Le récit est mené par Lettie devenue une adulte, et une mère (un peu par hasard, comme sa propre mère), et cette adulte jette un regard douloureux et questionnant sur l’adolescente qu’elle a été, remplie encore par la culpabilité et par cette impression d’avoir été responsable de ce drame qui a bouleversé leurs vies. Était-ce la faute de Dahlia qui se disait son amie ? Ou la sienne, de ne pas avoir su garder son secret ?… Vous découvrirez cette bande d’adolescentes qui se cherchent, qui apprivoisent leurs corps, qui en jouent, qui se découvrent et se comparent, se jaugent et se jugent. Delphine Bertholon sait très bien retranscrire l’urgence qui baigne cette période adolescente, et la concurrence qui nous pousse, encore plus à cet âge fragile, à toujours envier la vie des autres. Être quelqu’un quand on a 14 ans c’est si important… Parce qu’au fond, peut être que tous les mensonges prennent leur racine là : dans le désir de plaire, dans la volonté de toujours se montrer sous son meilleur jour, dans la recherche de sa juste place et la peur de l’abandon, dans le sentiment de se sentir étriqué, emprisonné dans sa propre vie, et de toujours rêver à mieux…

Il pourrait être noir ce roman, par les thématiques qu’il aborde, et par les coeurs sombres qu’il sonde. Il est pourtant lumineux par son humanité, et par les émotions qu’il laisse transparaître… On en sort frappé en plein coeur, comme de ses précédents romans que j’avais adoré (Coeur Naufrage et Les Corps Inutiles).

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