Les Demoiselles…

Elles sont si belles et si fortes les femmes dans le regard d’Anne Gaëlle Huon. Comme dans ses précédents romans, l’autrice dresse de jolis portraits de femmes, émaillés d’espoir, de résilience, de combativité, de fragilité mais surtout d’une sororité et d’une humanité folle. Et c’est là toute la force de la plume de l’autrice, avec toute cette tendresse qui transparaît entre les lignes, nous décrire des femmes « ordinaires » dans toute leur complexité… c’est un peu comme si elle nous murmurait à l’oreille : cette femme là, ça pourrait être toi, ça pourrait être nous, tu es belle, tu es forte, mais tu as aussi le droit de douter et d’être fragile parfois, sois fière de toi, ai confiance en toi, sois bienveillante avec toi-même, toi aussi tu peux y arriver… alors avant de vous décrire un peu l’histoire et ce qu’elle a bousculé chez moi, je voulais commencer par cela : merci infiniment Anne Gaëlle Huon, de nous entourer d’un cocon de bienveillance et de nous rappeler que « c’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière »…

Les Demoiselles, c’est le récit entrecroisé de deux groupes de femmes, que tout pourrait opposer et qui vont pourtant devenir les membres inséparables d’une extraordinaire famille choisie. D’un côté, les Hirondelles, ces jeunes filles espagnoles qui traversaient les Pyrénées et la frontière pour venir travailler à l’atelier de confection d’espadrilles de Mauléon, dans le pays basque ; oiseaux migrateurs, qui font le printemps, ou plutôt la richesse, de ces français qui ont au fond si peu de considération pour elles, elles qui ne rêvent que de trousseaux et de leur pays lointain. De l’autre, les Cocottes, parisiennes fantasques, libertines et si coquettes, entourées de plumes, de bijoux, de beaux atours, ne s’abreuvant que de champagne ; oiseaux exotiques dont la vie semble si légère et si superficielle, on se demande d’ailleurs comment ces oiseaux ont pu choisir de construire leur nid dans ce village perdu du pays basque… Entre les murs gris de l’atelier, sous le regard menaçant du contremaître, deux oiseaux se croisent : Rosa, dite Paloma, hirondelle blessée par un drame dont elle se sont responsable, chétive et boiteuse, pourtant remplie de cette volonté incroyable de s’en sortir, de grands yeux marrons au regard franc et décidé ; et Colette, cocotte blonde, fine et si jolie, virevoltant dans sa robe de dentelle blanche aux fines bretelles, de grands yeux bleus, remplis de malice et de provocation. Une couseuse débutante que le contremaître rabroue, une couseuse expérimentée en charge des espadrilles de luxe. Quelques mots échangés, et l’ombre de la sombre et triste Carmen suffiront à les rapprocher. Ce qu’elles ne savent pas encore, c’est qu’elles sont toutes les deux des oiseaux blessés… comme le sont tous les autres oiseaux du nid : Thérèse, l’institutrice aux cheveux blancs et au regard doux, bienveillance incarnée, qui semble si triste parfois ; Véra, l’estravagante ex-chanteuse des Folies Bergères, fumeuse et fantasque, mais aussi si mélancolique ; Bernadette, la rondelette et joviale cuisinière, dont la jalousie du mari laisse parfois des traces plus sombres que le chocolat chaud au bord des lèvres de Paloma ; Lupin, le mystérieux majordome, aussi lumineux que sa peau est sombre, gaillard apaisant et serein, à l’écoute de tout ce petit monde un peu fou. Et de ce nid dont les oiseaux vont tomber tour à tour, s’échapperont tantôt des rires, de la bonne humeur et de l’amour, tantôt des cris, des sanglots et de la rancune… un peu de tout ce qui fait la vie !

Les personnages de ce roman, absolument tous, sont attachants. Il est difficile de refermer la dernière page et de leur dire adieu. La main traîne un peu, le regard aussi. Comme une bande d’amis précieux qu’on aimerait garder un peu plus longtemps près de soi. Il est beau ce roman. Il est beau parce qu’il déborde d’une humanité bienveillante dont nous avons toutes et tous besoin, encore plus dans la période actuelle. Et je l’ai adoré aussi pour ce qu’il raconte de notre histoire, de cette petite fabrique d’espadrilles du pays basque (Don Quichosse existe vraiment à Mauléon), de la naissance des Pataugas, mais aussi de l’histoire plus sombre du camp de Gurs pendant la 2ème guerre mondiale. Merci Anne Gaëlle Huon de savoir si bien écrire la vie. Et merci de m’avoir donné envie de parcourir encore le pays basque, et pourquoi pas de faire une halte à Mauléon !

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