Pourquoi les hommes fuient ?

Ce roman claque… Il claque comme une bise sur la joue laissé par une pote pour dire « à plus », quand elle voudrait dire « je t’aime, tu me manques ». Il claque comme des accords de guitare rock, ongles râpés sur les cordes, cœur vibrant, corps intoxiqué, oubli des blessures. Il claque comme les vers égrainés à vitesse folle d’un slam, crachant la violence du monde, la peur de demain. Il claque comme les concerts de notre adolescence, boutons, cheveux gras, et rêves de gloire, ces (des)espoirs fous de nos 17 ans. Il claque comme la certitude de n’être personne, en tout cas pas quelqu’un de bien, certitude qui nous étreint le soir dans la pénombre de nos appartements (dis je suis qui moi ? personne… c’est être déjà quelqu’un, non ?). Il claque comme notre envie de vivre malgré la douleur, les douleurs, les doutes, notre cerveau qui crame l’espoir pour en faire des cendres de solitude. Il claque comme cette envie de fuir qui nous prend parfois, comme une envie de pisser, comme une envie de laisser pisser les trahisons des frères et des soeurs de coeur, les désillusions, l’absence d’un père, ou les mensonges d’une mère. Fuir pour oublier, c’est une excuse valable, non ?…

Ce roman, c’est l’histoire de Jane. Jane vit. Jane vit comme si demain n’existait pas. Jane ne vit pas, elle crame sa vie qui n’a pas de sens. Pas de père. Une mère morte dont les tiroirs regorgent de mensonges. Jane a 21 ans. Pas de père, ou si, un père chanteur peut-être. Une mère morte, devenue mère à son âge. Comment, avec qui ? Jane court. Si elle s’arrête, elle meurt. Pas de job fixe. Pas de routine. Sinon elle meurt. Des amis voyous. Du sexe. Un peu de drogue. Son paradis artificiel. Puis Une rencontre. Billie. Grande bringue un peu folle, blindée de fric. Un air fredonné. Celui d’une chanson rock. Fin des années 90. Jo. Joseph Samsa. Son père ?… L’enquête commence. Le monde se détruit. Jane est aveugle. Rien n’existe plus. Ni ses colocs, Greg et Laëticia. Ni l’Ecrivain, sauf quand elle en a besoin. Joseph, Joris, Johann. Son père. Personne. Qui est-il ?… Et pourquoi les hommes fuient ?…

L’écriture percutante d’Erwan Larher nous emporte dès les premières lignes. Des phrases courtes, des mots qui claquent, lâchés comme dans un souffle coupé par la course infernale de la vie. On court après Jane, comme Jane. On suit sa vie comme une story Instagram. Des images. Des flashs. Peu de mots au final. Et le rendu est juste parfait, on est plongé dans la vie de cette jeune femme hyperconnectée et on a parfois du mal à la suivre. C’est un roman qui parle des rêves adolescents, des trahisons d’amitiés, des amours ratées, de l’absence des pères, des mensonges des mères pour rester debout. C’est un roman qui raconte la quête de soi, tant au travers de Jane qui recherche son père, qu’au travers de l’histoire de(s) Jo, et du retour à la Nature, à la vie vraie, loin de ce monde industriel hyperconnecté qui s’effondre dans une violence indicible. C’est la perte du MOI, la recherche du NOUS. Et c’est au final, cette question lancinante qui nous hante toutes, et qui hante le roman jusqu’au bout : pourquoi les hommes fuient ?…

(Si vous avez la réponse, je suis preneuse)

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