Anatomie d’un scandale…

Westminster. 2016. Les couloirs sombres, lambrissés de chêne de la chambre des communes. Le rouge, le vert, la pierre. Austère et froid. James est ministre en charge du terrorisme. Il est beau, il est brillant, il aime le pouvoir et l’argent. Il a une famille parfaite, Sophie, sa jolie petite femme qui a abandonné sa carrière pour se consacrer à sa famille et à ses enfants, Emily 9 ans et Finn 5 ans. Il aime la séduction et le pouvoir qu’il a sur les femmes. Sur sa femme, docile et obéissante. Sur son assistante parlementaire, Olivia, avec laquelle il entame une relation amoureuse et sexuelle entre les murs de Westminster. James est sûr de lui, confiant, condescendant peut être un peu parfois, maîtrisant parfois mal sa colère et son besoin de contrôle sous un masque très lisse. Sa petite vie parfaite explose le jour où…

Oxford. 1992. Holly. Étudiante en 1ère année de littérature. Tout juste débarquée du Nord de l’Angleterre, issue d’un milieu modeste, peu à son aise au milieu de tous ces gosses de riches si sûr d’eux mêmes et de leur supériorité sur le monde. Holly est gauche, un peu pataude, elle ne sait que faire de son corps, mais a par contre du mal à réfréner son esprit brillant. Holly se trouve comme meilleure amie, Allison, une matheuse, vilain petit canard comme elle, mais beaucoup plus à l’aise pour nager dans ce nouveau monde peuplé de cygnes. Mais Holly est heureuse, elle peut étudier la littérature anglaise et celle du Moyen-Âge, elle a une binôme avec laquelle elle s’entend bien, Sophie, même si elle se sait manipulée, elle s’habitue aux murs de pierre et à l’ambiance feutrée des collèges d’Oxford, beaucoup moins aux beuveries des confréries, et aux envies permanentes de sexe de ses camarades masculins. Holly est pourtant amoureuse… Toute sa vie bascule à la fin de la 1ère année, la nuit où dans le cloître…

Kate est une brillante avocate. Sèche, studieuse, concentrée, froide disent certains de ces collègues. Kate est spécialisée dans la plaidoirie des affaires de violences sexuelles. Mais toujours du côté des victimes. C’est à elle qu’échoue un dossier brûlant, parce que politique et médiatique : le viol d’Olivia par son supérieur, James, dans un ascenceur de Westminster. Pourquoi cette affaire lui tient-elle tellement à coeur ? Pourquoi semble-t-elle la toucher plus que les autres ? Et quel est le lien entre toutes les personnes impliquées dans cette sombre histoire ?

Ce roman de Sarah Vaughan nous emmène en territoire anglais, dans les arcanes du pouvoir à Westminster, du journalisme des tabloïds, et dans les coulisses des grandes universités anglaises telles que Oxford. Ce roman nous montre combien les apparences sont trompeuses, combien chacun.e porte un masque et ne montre que peu son véritable visage, combien les liens sont à la fois forts parce qu’issus d’un passé commun et fragiles dès qu’un grain de sable s’y engouffre, combien chacun.e s’enferre dans les mensonges ou les demi-vérités, par facilité, par habitude, ou juste pour garder sa prestigieuse place.

J’ai beaucoup aimé ce roman pour plusieurs raisons. Déjà, pour la façon qu’a Sarah Vaughan de dépeindre les décors, que ce soit Westminster, le tribunal ou Oxford. Cela permet au lecteur et à la lectrice de se promener dans ces lieux, comme s’il ou elle y était. Ensuite, pour l’évolution inattendue des personnages féminins. Sophie, Holly, ou Kate, que l’on apprend à aimer, à cerner, et qui nous surprennent au détour de révélations que l’on ne soupçonnait pas. Ce sont de beaux tableaux de femmes, dans toute leur complexité, leur force et leur fragilité. Et enfin, parce que ce roman est profondément féministe. Il pose la question du consentement, du crédit donné à la parole d’une femme violée, d’autant plus lorsque le violeur est un personnage en vue et un parfait père de famille, de la difficulté à témoigner et à revivre les moindres détails d’un viol, de la façon qu’ont les hommes de se croire invincible et de prendre les femmes pour leur propriété, objets uniquement à leur disposition. C’est un roman sur le traumatisme, sur la façon dont il empiète sur nos vies, et dont il hante nos coeurs et nos corps, même 20 ans après…

Bref, lisez le ce roman. Il est prenant et poignant. Et le suspense est maintenu jusqu’au bout…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s