L’Albatros…

(Mes excuses, Nicolas, si mes mots ne sont pas à la hauteur du livre que je viens de refermer… Cette chronique, j’ai hésité à l’écrire, de peur de gâcher les émotions et de ne pas savoir retranscrire tout ce qui a chamboulé mon coeur à la lecture… Et une amie m’a dit : lâche-toi, vas-y sans complexe, de toutes façons les mots ne peuvent pas être à la hauteur… alors je vais essayer, parce que pour moi, c’est un des messages essentiels de ce livre : lâcher prise et être soi.)

J’avais à peine parcouru quelques lignes que j’étais déjà emportée… J’étais dans mon canapé, sous la couette, et pourtant, j’étais ailleurs. A l’Olympia, avec Nicolas, assise à ses côtés juste derrière la table de mixage et les écrans d’ordinateur. Loin de la scène, loin de E., probablement déjà installée dans la fosse, mais tellement près de Patti Smith, pythie aux cheveux blancs qui hypnotise la foule, chamane envoûtante dont la voix, les gestes et les mots allaient bouleverser mon coeur.

Je ne connais pas grand chose de Patti Smith, si ce n’est quelques unes de ces chansons que je me passe quelque fois en boucle. Je ne connais de Nicolas que les mots qu’il sait si bien mettre sur les mots des autres, et sur cet univers littéraire qui est le sien. En achevant ma lecture, j’ai l’illusion de les connaître un peu mieux tous les deux, illusion probable, puisque c’est avant tout avec moi même que j’ai fait connaissance. J’ai alterné les mots de Nicolas. Et ceux de Patti. J’ai posé le livre à certains moments, avec ce besoin irrépressible d’écouter Patti. Je fermais alors les yeux, et l’illusion était totale : oui, j’étais bien à ce concert à l’Olympia, le 20 octobre 2015. Gloria, Redondo Beach, Birdland… Car stopped in a clearing, Ribbon of life, it was nearing, i saw the boy break out of his skin, my heart turned over and i crawled in, he cried « Break it up, oh i don’t understand, Break it up, i can’t comprehend, Break it up, oh, i want to feel you, Break it up, don’t talk to me that way i’m not listening… »

Ce livre n’est pas qu’une déclaration d’amour à Patti Smith. Ce livre c’est l’urgence de dire aux gens qu’on aime et qui nous construisent, qu’on les aime et que l’on a besoin d’eux, c’est l’urgence de lâcher prise et d’être soi, alors même qu’on a toujours rêvé d’être ces autres qu’on admire, c’est l’urgence de s’accepter, d’accepter ses failles et ses faiblesses, et d’être enfin fier du reflet dans le miroir. Ce livre est une déclaration d’amour, à la vie, à la mort, à la littérature, à la musique, à l’art et à tout ce qui nous transcende, aux souvenirs d’enfance, à la famille, aux amis, aux joies, aux déceptions… à tout ce qui fait de nous ce que nous sommes…

Nous avons toutes et tous des chansons, des musiques, des livres, des tableaux, des lieux… qui nous touchent et nous font remonter le fil de nos vies. Ce concert de Patti Smith est comme une excuse pour Nicolas Houguet pour une visite introspective dans son passé et dans son moi-profond, son enfance dans ce village perdu de 200 âmes, ses rapports avec ce frère jumeau si proche et dont il a voulu être si lointain, ses rapports aux autres et à sa différence, ses parents si aimants, sa grand-mère et leurs visites au cimetière (a-t-on le droit d’être fascinés par la mort et l’autodestruction ?), cet oncle dont il s’est toujours senti si proche, ses amours, ses obsessions… pour la littérature, libre, non universitaire et non conventionnelle… Baudelaire, Rimbaud, Genet… et son admiration profonde pour Sigolène Vinson… son obsession pour la poésie, et son besoin indicible de mettre des mots sur le papier, d’écrire l’amour qu’on ressent et qu’on ne sait exprimer, l’amour d’un regard qui vous voit vraiment, l’amour d’une ombre qui passe dans notre vie, l’amour qui nous brise mais nous fait grandir… l’écriture comme salvatrice, l’écriture comme une urgence… son obsession pour la musique, pour le rock, les guitares, ces artistes qui sont encore là, et tous ceux qui ne sont plus, ces modèles qu’on se crée, et ce chanteur que l’on rêve d’être adolescent…

Ce roman m’a touché parce qu’il décrit, parce qu’il met en lumière, parce qu’il transcende tout ce qui fait de nous des êtres sensibles et profondément humains. Parce qu’il nous dit que nos peurs et nos faiblesses aussi nous construisent, que la vie, ce n’est pas que nos rêves, c’est aussi toute la réalité de ce que nous avons vécu. Parce qu’il nous autorise à ne pas cacher nos blessures, celles que l’on porte toutes et tous, et que l’on tente en vain de cacher, pour être quelqu’un d’autre, pour garder ce sourire au reflet dans le miroir, pour plaire, pour trouver sa place. Parce que parfois nous rêvons d’être invincibles, d’être rebelles, d’être fous et fougueux, et que nos pudeurs et nos douleurs intimes nous en empêche. Parce que parfois, nous sommes passés tellement maîtres dans l’art de la dissimulation, que c’est à nous mêmes que nous mentons le mieux. Ce roman m’a touché aussi pour ce qu’il dit du corps, de nos corps, de nos contraintes, de tout ce que l’on empêche et que l’on bloque, pour surtout ne pas être au centre, pour surtout ne pas prendre trop de place, ne pas être trop différent… et cette faculté qu’on a, parfois, à nier les évidences, parce qu’elles sont trop lourdes à porter… et pourtant le reflet est là… et pourtant la vie, nous rappelle, au final toujours qui nous sommes.

Merci Nicolas, de m’avoir emmenée à ce concert de Patti Smith. Merci de m’avoir tenu la main et de m’avoir fait partagé tant d’émotions ; il y a dans les mots de ce roman, de la force, de la pudeur, du rêve et de la désillusion, la beauté qu’on oublie trop souvent de voir, une profonde tendresse, et une douloureuse rage de vivre. Merci de m’avoir replongée dans ma propre enfance, de m’avoir donné envie de dire à mes parents et à ma soeur que je les aime profondément, de me rappeler que les désastres et les mauvaises nouvelles dont on nous abreuvent ne sont que l’ombre de ce que sont réellement nos vies, que ce qu’on aime, que ceux qu’on aime, que nos amours et nos déceptions, que nos amitiés, les proches et les plus lointaines, que nos passions et nos obsessions, que nos blessures et nos douleurs, font de nous un joli puzzle qui continue de se compléter chaque jour, dont les couleurs changent, dont la forme évolue… un puzzle qui fait de nous ce que nous sommes, et qu’il ne tient qu’à nous d’être nous mêmes et de nous aimer.

Merci pour tout cela, Nicolas, merci, vraiment…

L’Albatros si maladroit de Baudelaire, je l’ai trouvé, sous ta plume, terriblement majestueux…

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