Des hommes couleur de ciel…

Alice est professeure de russe dans un lycée à La Haye, aux Pays Bas. Alice aime Hendrick. Elle est heureuse. Ou n’est-ce qu’une illusion ?… Lorsqu’une bombe explose dans la cantine du lycée où elle enseigne, Alice redevient Alissa. Expatriée tchétchène, qui préfère dire qu’elle est originaire de Russie pour éviter les questions, qui cache ses cheveux noirs sous un voile pour aller discrètement à la mosquée, qui revit son enfance dans les rues de Grozny, sous les bombes… Alissa redevient l’étrangère…

Adam a rendez-vous avec Alex dans le petit café où il travaille à La Haye. Il est un peu plus de midi, il a couru, il transpire. Il est heureux. Il est amoureux. Il s’assoit enfin dans un café et lui prend la main. Mais les téléphones vibrent, une bombe a explosé dans la cantine de son ancien lycée. Adam redevient Oumar. Jeune homme tchétchène, chétif, gauche et maladroit, apeuré. Il a de nouveau peur pour sa vie, il sait qu’il aurait dû continuer à vivre cacher à cause de ce qu’il est. Un homme couleur de ciel… Oumar redevient la honte et la culpabilité…

Kirem est tchéchène. Il en est fier. Il le revendique. Au lycée, il refuse de parler russe dans les cours d’Alissa. Lui sait ce qu’on fait les russes à son pays. Lui sait qui est vraiment Alissa. Lui sait qui est vraiment Oumar, son frère. Ses devoirs à la maison sont écrits en tchétchène. Alissa refuse de les lire. Tant pis. Il ne peut trahir ses origines, sa patrie et le combat de son père, de son oncle et de son cousin Mahmoud avec lequel il passe le plus clair de son temps. Kirem est révolté. La bombe a explosé. Kirem a disparu…On suit dans ce roman, la peur au ventre, le coeur serré, le cheminement de ces trois protagonistes. La culpabilité d’Alice/Alissa à qui on reproche de n’avoir rien vu alors que Kirem et Oumar étaient ses élèves. Alice qui va devoir en quelque sorte prêter allégeance à ce pays qui l’a accueilli, en traduisant les devoirs de Kirem, elle la tchéchène, elle qui ne peut pas être tout à fait innocente. La plongée d’Alice/Alissa et d’Adam/Oumar dans leurs passés respectifs qui se télescopent dans les ruines de Grozny et les forêts alentours. La guerre, le combat de leurs mères, et cette vision occidentale biaisée qui réduit les combattants tchétchènes à des terroristes et les soldats russes à des vaillants défenseurs. Dans le rôle de l’occidental qui sait tout, et qui ne cesse de se plaindre de la dureté de sa propre vie, Hendrick, le compagnon d’Alice qui en devient vite insupportable… Et puis la révolte de Kirem qui se révèle violence et haine, au fur et à mesure qu’Alice décrypte ses devoirs… Kirem qu’Oumar n’a pas su protéger et qui s’est fait embrigader par Mahmoud… Et si tout cela était la faute d’Adam ?…

Je me suis plongée dans les rues de La Haye… mais je suis partie jusqu’en Tchéchènie avec Alissa et Oumar… J’ai eu le coeur serré, les larmes aux yeux, et une envie irrépressible de hurler face à tant de jugements et d’injustices… Ce roman est une bulle d’humanité. C’est un roman sur l’acceptation de l’autre, sur l’acceptation de soi-même, sur le regard de la société sur la différence, sur la suspicion sans fondement et la culpabilité… C’est un roman sur nous, sur ce que nous faisons de notre monde, et sur ce que nous souhaitons en faire… La fin du livre m’a laissée sans mots…

Et pour ce qui est des hommes couleur de ciel, je vous laisse découvrir qui ils sont… Moi, je rêve d’un monde où ils pourraient être juste eux même…


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