Et que danse la vie…

Imaginez… Vous avancez dans le noir, dans une sorte de couloir obscur (ce couloir c’est votre vie, bien routinière et sans trop de sens)… Au fond, un rideau lourd, rouge ourlé de doré, qui ouvre sur un grand espace mêlé d’ombres et de lumières. Vous êtes seul et pourtant vous êtes soudain projeté dans la vie, vos cinq sens sont assaillis de toute part… Vous avez encore, au creux de la main, le toucher velouté du velours épais du rideau, et dans la main gauche vous sentez s’écouler lentement le sable ramassé à l’instant. L’air est épais, comme cotonneux, si vous ouvrez la bouche, vous pouvez presque le goûter, il a un parfum de barbe à papa un peu poivrée. Le poids sur votre poitrine a disparu, vous respirez enfin à plein poumons, un air aux effluves de crottin de cheval et de paille, celle fraîchement entreposée à votre gauche. Un silence relatif vous entoure, tout semble ouaté, à l’exception d’un cliquetis et d’un claquement réguliers, et d’un bruit de corps en mouvement, comme un son froissé et fluide à la fois. Vous êtes soudain ébloui. Vous fermez les yeux. L’éclat semble venir de milliers d’étoiles qui orne le plafond de ce que vous avez identifié comme étant un chapiteau de cirque. Un bruit sourd à quelques centimètres de vous. Vous ouvrez les yeux. Une étoile est tombée de son ruban bleu. Elle est brune, elle a les cheveux sales, et les milliers d’étoiles semblent s’être concentrées dans ses yeux. Sur son front, un post-it jaune. Un nom : Eurydice. Elle vous tend un miroir. Sur votre front, un post-it bleu. Un nom : Orphée…

C’est ainsi ou presque que O. rencontre Loren. C’est ainsi qu’une vie terne et morne, va laisser place à un tourbillon. Loren est belle, pétillante, enjouée, bouleversante et sombre à la fois. Elle est attachante et indépendante. Acrobate dans un cirque, elle est légèreté, et grâce, et soudain, comme ce ruban qu’elle noue autour de son corps qu’elle laisse tomber dans un mouvement brusque et pourtant tout en force et en retenue, sa vie ne semble tenir qu’à un fil. Loren vit. Loren apprends à O. à vivre. Loren est joie et désir, et soudain, est violence et sanglots. Loren se livre-t-elle vraiment ? O. la connaît-il vraiment ? ou juste ce qu’elle décide de lui laisser entrevoir ?… Et s’il se retourne, va-t-elle disparaître ?…

O. n’a pas triché, il a tenu sa promesse, il ne s’est pas retourné. Pourtant, son Eurydice a disparu, un soir de juin. Pas un mot. Pas une parole. Juste le vide et le silence. Juste l’absence… Est-elle repartie de l’autre côté du Styx ?…

Olivier Liron nous emporte, nous transporte, nous berce et nous violente un peu aussi. Avec une écriture d’une beauté poétique à couper le souffle, il nous raconte un conte moderne, celui d’Orphée et d’Eurydice, transposé dans les rues bruyantes de Paris, sur les côtes normandes grises et enneigées, et les plages écrasées de soleil de Cuba… C’est un conte sur la vie, sur nos existences et ce que nous acceptons d’en faire, sur l’amour et la peur d’aimer, sur le doute et l’omission, sur la confiance et l’abandon, sur la difficulté d’être soi, sur les choix que l’on fait et ce qu’ils disent de nous… Les personnages sont terriblement attachants et touchants, l’histoire caresse, pique, chatouille et brûle alternativement. Les sourires alternent avec les serrements de coeur et les larmes aux yeux…

Attention lecteur et lectrice : Eurydice et Orphée ne sont peut être pas celle et celui que l’on croit…

(Merci Olivier pour ce roman peu ordinaire et si extraordinaire, tes mots m’ont touché, et ta poésie restera ancrée dans mon coeur un long moment encore…)

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