Mes amis…

… mes amours, mes emmerdes… Cette chanson de Charles Aznavour de 1976 pourrait parfaitement convenir à l’anti-héros d’Emmanuel Bove, né lui, bien avant, puisque ce roman est paru en 1924…

Mes amis… Ce titre est une antiphrase. Parce que des amis, notre anti-héros Victor Bâton, n’en a pas… Il n’en a pas au début du livre, il n’en a pas à la fin du livre… Et ce roman, c’est un roman du rien. Il ne se passe rien, peut être justement pour montrer l’insignifiance de la vie du personnage principal…

Mais qui est Victor Bâton ? C’est un homme revenu de la grande guerre, comme un poète français né polonais, avec un éclat d’obus dans la chair, ce qui l’empêche de se servir de son bras gauche. Il est invalide donc. Il ne travaille pas (mais cherche-t-il vraiment à le faire ?), il vit dans un immeuble délabré du quartier Montrouge à Paris, et ses journées sont vide. Il prend un café au bistrot du coin, va manger chez Lucie, une brave femme qui ne lui demande rien en échange, et erre dans les rues sans aucun but…

Parce que Victor Bâton s’ennuie. Alors il rêve à tout ce qu’il n’a pas. Il voudrait avoir de l’argent, il voudrait avoir une maîtresse, il voudrait avoir un ami… Alors dès qu’une personne fait mine de s’intéresser à lui, il se précipite et d’accroche… Il croit trouver un premier ami en Henri Billard, mais celui-ci est intéressé, il veut lui emprunter 50 francs. Puis il rencontre, Neveu, le marinier, mais celui-ci est suicidaire. Comme il est plus malheureux que lui, Victor veut l’aider et s’en faire un ami, mais Neveu préfère les joies du bordel, que la main tendue de son camarade. Il croit ensuite trouver un appui et un travail grâce à Lacaze, un industriel. Un homme bon et bienveillant qui veut le prendre sous son aile. Mais Victor gâche tout en harcelant sa fille dans la rue… Enfin, il y a la belle Blanche de Myrza, chanteuse de cabaret, qui accepte sa main sur son bras, et sa présence dans son lit. Mais même elle, n’est pas assez bien pour lui, donc il décidera de ne jamais la revoir…

Car Victor, s’il est un personnage auquel la lectrice peut s’attacher au départ, devient vite profondément irritant. Il veut des amis, mais il est difficile. Il ne cesse de se plaindre, alors que même lorsque des opportunités se présentent devant lui, il trouve moyen de les gâcher. Il est jaloux (de la beauté et de la jeunesse de la femme de Billard par exemple), il est mesquin et a tendance à se réjouir du malheur des autres. Et lui, finalement, se complait dans son propre malheur. Sans amis, il estime qu’il n’est pas grand chose. Donnez lui des amis, il n’est plus rien parce qu’il ne peut même plus se plaindre…

Un livre à lire pour le tableau qu’il trace d’une époque, celle de la misère post-guerre, et pour l’analyse sociologique du personnage qui est à la fois drôle, dramatique et profonde…

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