Le fil…

2BA6A49E-0B40-4A69-ACBE-FC6831383759.jpegTout commence par un fil… comme un rappel peut être à celui du funambule sur le sable… le fil d’un pull… « On ne détricote pas le monde. Même s’il gratte, on ne le détricote pas ». Deux pages et je retrouve déjà avec un bonheur non dissimulé la plume poétique de Gilles Marchand, et sa vision singulière et un peu loufoque du monde… Gilles Marchand détricote nos existences et ça met à la fois de la nostalgie et du baume au coeur…

Qu’est-ce qu’un fil dans un pull après tout, si ce n’est le commencement du monde ?

Alors on le suit ce fil… et on tombe dans le vide de nos existences… ce vide blanc et froid… le fil est ce qui nous raccroche à la paroi, mais est-il asssez solide ?… et si ce qui nous manquait pour ne pas basculer tout à fait, ce n’était pas des objets, mais la chaleur humaine, et plus particulièrement celle de notre enfance ?… un parcours le vide et on y rencontre des madeleines de Proust, un objet, une odeur, une petite musique… J’étais vide, et si je choisissais d’être de nouveau vie ?…

Puis quelques notes de guitare en équilibre sur ce fil nous font plonger de nouveau dans nos petites vies… celle d’un café noir bu seul accoudé au zinc… mais est-ce réellement le son d’une guitare ou de nouveau ce violon qui joue sa petite musique dans notre tête ?…

Et la vie s’emballe soudain, comme si on avait chaussé des chaussures qui courent vite. (Petite aparté, me revient d’ailleurs à ce sujet, cette phrase que j’avais dit, petite fille, à ma maman, après avoir enfilé fièrement mes chaussures rouges toutes neuves : « mes chaussures courent plus vite que moi, maman ! »). Nous voilà à grande vitesse sur le fil. Mais avons nous le coeur suffisamment solide pour tenir le rythme et ne pas tomber à côté ?… et surtout pour ne pas se noyer dans nos larmes ou celles des autres même munis d’un masque et d’un tuba ?…

Le fil est mouillé… c’est de l’eau, à moins que ce soit de la neige… ce fil, c’est peut être celui de la belle barbe blanche du Père Noël, ou alors de la chaussette en laine gigantesque accrochée au rebord de la cheminée… Un peu de magie, un peu de nos rêves d’enfants, enfermés dans un boîte, prisonniers oubliés dans nos caboches à barreaux trops étroits pour les laisser virevolter libres… et si tout cela partait en fumée ?… que resterait-il du fil de nos existences ?…

Et ce fil, ne serait-ce pas celui avec lequel on essaie de se confectionner un costume de super héros ?… avant de s’apercevoir que ce super héros c’est juste nous ? c’est juste ne plus perdre le fil, accepter d’être nous, sans honte, sans mensonge, sans regret ?…

Et finalement, malgré notre épuisement, se dire que ce fil, c’est peut être celui qui nous ramène sans cesse à la surface…le fil qui nous permet de ne pas sombrer, qui nous maintient à flot même lorsque le vide intérieur est si pesant qu’il nous ancre au fond de nos peurs, de notre solitude, de nos mélancolie… « Après tout, c’était mon devoir de capitaine et les capitaines ont aussi des devoirs envers leurs rêves. »

Et si ce fil c’était tout simplement… la vie ?

Avec sa plume mordante et tendre, Gilles Marchand nous fait parcourir ce fil de la vie… Ce recueil de nouvelles est plus sombre et plus grave que ces deux autres ouvrages… Mais encore une fois, il nous emmène aux tréfonds de nous même et cela fait du bien…

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